mercredi 31 mars 2010

souvenirs de Donkey Kong Game & Watch

Je pense que la première fois que j' ai joué à un jeu vidéo c' est vers le milieu ou fin années 70. C' était le fameux Ping-Pong ou Tennis comme nous l' appelions aussi. J' y jouais chez un copain sur un poste de télévision couleurs. Mais ces souvenirs sont diffus, je n' ai plus en mémoire les sensations de ces moments de jeu. En revanche je me souviens très bien de ma découverte en 1981 de Donkey Kong Game Watch.

C' était durant la période scolaire, un après-midi de la semaine (le jeudi je crois) était réservé au sport ou à une sortie en campagne. Nous étions toute la classe dans le bus qu' y roulait vers la destination du jour. Discussions autour de nos sujets favoris d' alors : b.d., dessins animés japonais, séries t.v. (les feuilletons) et pleins d' autres trucs encore. Soudain, agitation inhabituelle, un évènement se passe. Attroupement autour d' un élève, on se lève des sièges malgré les consignes de sécurité, on se retourne sur sa place pour voir ce qui se passe. Le gars assailli de toute part tient un objet, l' objet de toutes ces convoitises, dans les mains. C' est une petite boite orange, au couvercle ouvert. Qu' est-ce ? Il finit par calmer la troupe. Sa décision est prise, seuls quelques élus auront le droit de toucher l' objet, de le voir de près. J' en fais partie, le garçon en question étant l' un de mes proches camarades. J' attends avec impatience mon tour et l' objet finit par choir dans mes mains. Je découvre la boîte mystérieuse. J' avais compris qu' il s' agissait d'un jeu suite aux explications données à d' autres gars auparavant. Je vis alors quelque chose que je n' avais jamais vu de ma vie.



Je connaissais les salles d' arcades accompagnant les fêtes foraines. Des bornes étaient aussi accessibles dans certains bars. J' avais joué entre autres à Pac-Man, Space Invaders. Les classiques. Mais ce que je ne savais pas c' était que les jeux pouvaient être portables et surtout si petits.J' inspecte l'objet sous toutes les coutures, en apprécie le poids. Je l' ouvre, je le ferme, je l'ouvre. Je suis soigneux, j' y vais assez prudemment sous les yeux inquiets du copain. Il m' explique le jeu : « tu fais avancer le bonhomme en appuyant comme ça sur la croix, tu dois monter tout en haut, évites les tonneaux que te lance le gorille en sautant par-dessus en pressant ce bouton-ci, là faut te servir des plates-formes, et là faudra utiliser le crochet, fais gaffe au gorille qui te lance des trucs sur la tronche, t' as presque rejoint ta fiancée, mince t' es mort, faut que tu recommences ». Le délire total. La durée du trajet en bus ne suffit pas à rassasier mon appétit vidéo ludique. J' ose le tout pour le tout, je sais que je peux tenter. je demande au pote si c'est possible qu' il me le prête. Il me dit oui et au-delà de toutes espérances je peux garder le jeu chez moi pendant UNE semaine. C' est un vrai geste d'amitié. Je vais avoir l' occasion de profiter pleinement du jeu.




Je garde avec soin le jeu chez moi afin d' éviter de l' abîmer, de le perdre ou de me le faire voler. J' ai conscience de la valeur de l' objet et je ne puis décevoir mon ami. Dès que j' en ai l' occasion je suis sur le jeu.Le décor est tout de suite très évocateur. Le haut d' un gratte-ciel de New York, une grue de chantier, images vues et revues dans les séries américaines dont je suis fan depuis longtemps : Matt Helm, Mission : Impossible, Starsky et Hutch. Les films aussi.La situation est invariable : le gars doit défendre sa copine qui s' est mis dans de sales draps, comme d' habitude. Ces filles sont incroyables ! Le méchant est un gorille, c' est carrément King Kong !Le thème, simple et efficace, est la lutte du bien contre le mal, de l' homme contre l' animal mais aussi et surtout de deux individus qui ont le même objet du désir. Parce que ne soyons pas dupes, l' intérêt de toute la dextérité mise en œuvre pour se déplacer le plus vite possible tout en esquivant les obstacles et en feintant ce gorille agressif, c' est la récompense ultime finale : l' expression de gratitude, d'amour, du don de son corps et de son âme symbolisés par ce petit cœur tout mignon qui apparaît comme par magie dès que l' on arrive enfin, épuisé mais comblé, aux côtés de sa belle. Je devais découvrir des années plus tard que l' inspiration de Donkey Kong découlait de toute la fascination de l'homme pour la Bête qui sommeille en lui, représenté souvent par un singe, un gorille voire une créature hybride, parfois même un être élevé au rang de divinité.

illustration de david sarandon.



fresque de Hanuman, dieu hindou, mi-homme/mi-singe, Inde du Nord.



Bref, je suis à fond pendant une semaine. J' ai investi le corps de ce petit bonhomme plat en lcd, terme magique à l'époque qui signifiait à lui tout seul une nouvelle ère à l' instar des montres à quartz et des calculettes électroniques de poche. J' ai ressenti chaque saut , chaque coup, chaque échec, chaque baiser de remerciement. Véritable épreuve physique que de tenir entre ses doigts crispés le destin de ces deux personnages aux prises avec cet animal velu et belliqueux. Il n' y pas non plus de haine envers le Kong. Simplement l'implacable envie de le feinter, de lui faire la nique. La violence est douce, c' est plus le pur plaisir d' éviter les bâtons dans les roues que te mets l' autre qui est malin comme un singe.

Je sais qu' après la semaine écoulée j' ai rendu le jeu à mon pote, fatigué d' avoir arpenté des milliers de fois les passerelles en métal, les genoux pleins de bleus, la tête pleine de bosses, les joues recouvertes de bisous. J' ai repensé longtemps à ce jeu le soir en m' endormant. Je n' ai jamais possédé Donkey Kong mais le cœur de la Belle n' appartient qu' à moi.

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